C’est la fin de l’adolescence pour la fintech. Si 2025 a pu donner l’impression d’un ralentissement, il s’agissait en réalité d’une mue nécessaire. Le robinet des liquidités ne s’est pas fermé, il est devenu sélectif : moins d’opérations, mais des tickets plus élevés, fléchés vers des acteurs démontrant une trajectoire de rentabilité plus immédiate. ( voir le Fintech Outlook T3 2025 )
Ce « flight to quality » a agi comme un filtre impitoyable. « Les investisseurs se sont détournés des paris très risqués pour se recentrer sur des modèles aux fondamentaux solides ou aux ruptures technologiques avérées – à l’exception de l’IA », résume Florent Duval, Innovation & Investment Manager à La Fabrique by CA. En 2026, l’heure n’est plus à la disruption, mais à l’insertion durable des nouvelles technologies financières dans l’économie réelle.
1. Banques en ligne : l’assaut continue sur la « banque principale »
C’est la transformation la plus visible pour le grand public. Terminé le temps où les “néobanques” n’étaient que des comptes secondaires pour les voyages ou les dépenses courantes. En 2026, les leaders du secteur – dont certains revendiquent désormais des bases clients se comptant en dizaines de millions – ont atteint une taille critique. Le résultat net de Revolut a dépassé le milliard d’euros (et quelques 65 millions de clients), Nubank possède plus de 100 millions de clients en Amérique Latine et BoursoBank demeure leader des nouvelles entrées en relation en France sur les dernières années avec plus de 8 millions de clients dans l’Hexagone.
En étoffant leur offre avec du crédit immobilier, de l’épargne rémunérée et des produits d’investissement, ces acteurs viennent chasser sur les terres historiques des réseaux traditionnels : la banque principale. « Ainsi, l’avantage historique des établissements traditionnels s’érode. La différence ne se joue plus sur le catalogue produit, mais sur l’expérience utilisateur et la capacité d’accès rapide à la bonne solution au bon moment », note Florent Duval.
2. L’IA « agentique » : du conseil à la transaction
Pendant que les nouveaux entrants consolident leurs positions, la rupture technologique de 2026 vient sans surprise de l’intelligence artificielle. Nous passons des modèles de langage (LLM) purement conversationnels à des agents capables d’action. Tout porte à croire que l’IA ne se contentera bientôt plus de comparer des offres ; elle sera mandataire.
L’intégration de briques de paiement directement au sein des interfaces conversationnelles permet désormais de boucler un achat sans rupture. « On bascule d’une IA qui conseille à une IA qui exécute pour le compte de l’utilisateur », analyse quant à lui Florent Bardy, Venture Builder à La Fabrique by CA. Cette évolution pose toutefois un défi vertigineux en matière de régulation : si un agent autonome valide une transaction erronée, qui porte la responsabilité financière ? Au-delà de la prouesse technique, 2026 sera l’année où l’industrie devra définir le cadre juridique de cette délégation de paiement. Car l’agent devient intermédiaire financier sans statut.
3. Paiements : l’Europe tente de desserrer l’étau
Cette automatisation des paiements rend d’autant plus critique la question des infrastructures sous-jacentes. Ce qui relevait hier de l’architecture IT devient aujourd’hui une question de souveraineté économique. L’écrasante majorité des transactions électroniques sur le Vieux Continent transitent encore par des rails extra-européens, une dépendance qui, aux regards des évolutions du contexte géopolitique, pourrait inquiéter Bruxelles en termes de souveraineté des données.
2026 marquera un début de rééquilibrage via deux initiatives arrivant à maturité :
- Wero, le portefeuille numérique soutenu par l’European Payments Initiative (EPI), qui tente de s’imposer dans le e-commerce transfrontalier.
- Le portefeuille d’identité numérique européen (EUDI), qui promet d’harmoniser l’identification (KYC) à l’échelle de l’Union.
« Aligner une identité numérique régalienne avec des rails de paiement paneuropéens est la seule voie pour recréer une autonomie stratégique face aux réseaux internationaux », souligne Florent Bardy.
4. Stablecoins : l’enjeu de la souveraineté monétaire
Dans cette quête d’autonomie, les stablecoins (actifs numériques adossés à une monnaie fiduciaire) jouent un rôle pivot. Longtemps cantonnés à la spéculation crypto, ils changent désormais de statut, favorisés par le cadre réglementaire MiCA. Ils sont désormais considérés par les trésoriers d’entreprise comme des vecteurs de liquidité pertinents pour les échanges transfrontaliers, plus rapides et moins coûteux que les circuits bancaires classiques. Le Groupe Crédit Agricole a récemment annoncé, via CACEIS, rejoindre le consortium FARO autour de l’émission de stablecoins.
Néanmoins, un défi monétaire majeur demeure avec 99 % du marché des stablecoins dominé par des actifs libellés en dollars. L’augmentation du nombre de stablecoins – nécessitant la détention d’un dollar réel en garantie – génère une demande structurelle pour le dollar et, par conséquent, pour la dette américaine. Ce phénomène rappelle celui des « pétrodollars », où la nécessité de libeller toute transaction pétrolière en dollar avait créé une demande constante pour la devise américaine.
Les monnaies numériques telles que les stablecoins deviennent donc un enjeu technologique, business et surtout géopolitique.
5. La finance contextuelle : des ERP aux LLM
L’essor de ces rails de paiement programmables (stablecoins) et instantanés permet l’émergence d’une nouvelle forme de finance, plus intégrée, que l’on pourrait qualifier de « finance contextuelle ».
Côté entreprises, la tendance de fond en 2026 est l’effacement de la frontière bancaire au profit des outils métiers. Les directeurs financiers initient financements et placements de trésorerie directement depuis leur ERP (logiciel de gestion) sans basculer sur une interface bancaire tierce.
Mais cette logique va désormais plus loin. En s’appuyant sur l’agilité des stablecoins et des API bancaires, cette finance embarquée est en passe de devenir le « moteur » financier des nouveaux modèles d’IA. Demain, ce ne sera plus seulement le logiciel comptable qui intégrera des services financiers, mais directement les LLM et les assistants conversationnels cités plus haut. « La finance devient invisible, mais omniprésente, que ce soit dans un logiciel SaaS ou dans une conversation avec une IA », conclut Florent Bardy.
Avec WE DEMAIN

