10 Juin, 2026 | Article

VivaTech 2026 : les 4 signaux faibles qui méritent toute votre attention

Du 17 au 20 juin 2026, Paris Expo Porte de Versailles accueillera la 10e édition de VivaTech dans un nouveau hall. Derrière les démonstrations spectaculaires d'intelligence artificielle, les robots et les annonces de levées de fonds, plusieurs tendances plus discrètes se dessinent déjà. Elles racontent peut-être mieux l'avenir de la tech européenne que les innovations qui feront la une des médias.

Du 17 au 20 juin 2026, plus de 160 000 visiteurs sont attendus à Paris Expo Porte de Versailles pour célébrer les dix ans de VivaTech. Pour marquer cet anniversaire symbolique, le salon sort même de ses murs avec un événement grand public organisé sur les Champs-Élysées le 14 juin prochain. Une manière d’affirmer son statut de grand rendez-vous populaire de la tech européenne, bien au-delà du cercle des entrepreneurs, investisseurs et dirigeants qui arpentent habituellement ses allées.

À première vue, le scénario semble connu. L’intelligence artificielle occupera une nouvelle fois le devant de la scène. Les visiteurs croiseront des robots toujours plus sophistiqués, des assistants conversationnels plus performants et des promesses de transformation dans tous les secteurs de l’économie. Pourtant, derrière cette vitrine spectaculaire mais attendue, plusieurs signaux faibles émergent aussi. Ils racontent une industrie technologique en pleine mutation, confrontée à de nouvelles priorités et à de nouvelles inquiétudes.

La souveraineté est le nouveau langage de la tech

Il y a encore quelques années, les grands salons technologiques parlaient surtout de disruption, de croissance ou d’innovation ouverte. En 2026, un autre vocabulaire s’impose : souveraineté, indépendance stratégique, résilience. Le choix de l’Allemagne comme « Pays de l’Année » de cette dixième édition n’est pas anodin. Une présence qui dépasse largement le cadre diplomatique. Première puissance industrielle européenne, le pays est devenu un acteur clé sur des sujets aussi variés que l’industrie 4.0, les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle appliquée ou encore la défense.
> United by Innovation: German Tech for a Stronger Europe (17 juin, 10h, VivaTech Theater)

La Corée du Sud, à l’honneur l’an passé, figure aussi comme exemple à suivre. Le pays est l’un des rares à pouvoir se passer des GAFAM avec ses outils locaux ultra populaires (KakaoTalk, Naver Map, Papago, Coupang…). En outre, la Corée du Sud maîtrise simultanément plusieurs briques technologiques critiques : puces électroniques, batteries, robotique, télécommunications ou encore intelligence artificielle. Ce modèle attire donc toute notre attention.
> K-Startup Global Demo Day at VivaTech (18 juin, 14h55, Pitch Studio)

Car, derrière les démonstrations d’IA, les débats portent de plus en plus sur la localisation des infrastructures, l’origine des technologies ou la maîtrise des chaînes de valeur. La question n’est plus seulement de savoir quelle innovation est la plus performante, mais aussi qui la développe, qui la contrôle et dans quel cadre géopolitique elle s’inscrit. En filigrane : qui va financer tout cela ?
> Financing Digital Sovereignty: From Strategy to Execution (17 juin, 13h30, Stage One)
> Sovereignty and Strategic Autonomy: Europe’s Cloud Conundrum (18 juin, 11h15, Black Stage)

L’IA devient une couche d’infrastructure décisionnelle

Depuis l’arrivée de ChatGPT fin 2022, l’intelligence artificielle est souvent présentée comme un outil permettant de gagner du temps : rédiger un compte rendu, résumer un rapport ou automatiser certaines tâches administratives. Mais les usages qui émergent aujourd’hui sont plus ambitieux. L’IA prend davantage la main, s’invite dans la détection de risques, l’analyse prédictive, la gestion des ressources humaines, la santé, l’industrie ou encore la finance. Elle ne se contente plus d’exécuter des tâches. Elle participe à des processus d’analyse et d’arbitrage qui relevaient jusqu’ici de l’expertise humaine.
> Beyond Language Models: Building AI that Understands the World (17 juin, 14h10, VivaTech Theater)

Cette évolution change profondément la nature des questions posées. Lorsque l’IA rédige un courriel, une erreur reste généralement sans conséquence. Lorsqu’elle contribue à évaluer un risque, détecter une fraude, orienter une décision de recrutement ou anticiper une panne industrielle, les enjeux deviennent beaucoup plus sensibles. Derrière les démonstrations de modèles toujours plus puissants, un changement discret est donc à l’œuvre : l’intelligence artificielle devient progressivement une couche d’infrastructure décisionnelle.
> Context is Everything: The Future of Banking in an Agentic World (17 juin, 11h30, Future of Industries Arena)

Le sujet central n’est donc plus la performance des modèles. Il devient celui de leur encadrement. Qui est responsable lorsqu’une IA se trompe ? Quelles données peut-on lui confier ? Comment auditer des systèmes toujours plus complexes ? Ces questions devraient occuper une place croissante dans les discussions des prochaines années.
> Can AI Demonstrate Integrity ?  (19 juin, 15h55, Sovereignty Arena)

La cybersécurité au coeur de toutes les préoccupations

Longtemps perçue comme une préoccupation technique réservée aux spécialistes, la cybersécurité change de statut. Les attaques informatiques ne concernent plus seulement les systèmes d’informations. Elles peuvent interrompre une chaîne de production, perturber un service public, bloquer une activité logistique ou affecter durablement la réputation d’une organisation. Le risque cyber devient un risque économique à part entière.
> Cyber Self-Defense: Why We Need Software That Protects Itself (18 juin, 16h30, Purple Stage)

Cette évolution est particulièrement visible à mesure que les entreprises déploient davantage d’outils d’intelligence artificielle. Plus les systèmes sont connectés, plus ils deviennent potentiellement vulnérables. La protection des données, des modèles et des infrastructures s’impose désormais comme un enjeu stratégique. Ce déplacement est révélateur d’une forme de maturité. La cybersécurité n’est plus considérée comme un coût ou une contrainte réglementaire. Elle devient une condition de compétitivité et de confiance.
> AI vs. AI: The Race to Secure the Future (18 juin, 14h50, Purple Stage)

 

Le monde physique fait son retour dans la tech

Pendant plus d’une décennie, l’économie numérique a concentré l’essentiel de l’attention. Applications mobiles, plateformes et logiciels semblaient incarner à eux seuls l’avenir de l’innovation. Un mouvement inverse apparaît désormais. Les investissements reviennent vers les infrastructures physiques : spatial, robotique, défense, énergie, électronique ou industrie avancée. L’intelligence artificielle elle-même participe à cette évolution. Derrière chaque modèle se cachent des centres de données, des réseaux électriques, des puces et des équipements industriels.
> The Grid Overhaul: Powering a Data-Driven World (17 juin, 16h10, Purple Stage)

La fascination pour les logiciels laisse progressivement place à une prise de conscience : la puissance numérique repose sur des fondations matérielles. Sans énergie, sans semi-conducteurs, sans infrastructures de calcul, il n’y a pas d’intelligence artificielle. Cette réhabilitation du monde physique constitue peut-être l’un des changements les plus importants à observer. Après avoir longtemps privilégié les plateformes et les services numériques, l’écosystème technologique redécouvre l’importance de l’industrie, des infrastructures et des capacités de production.
> Démystifier les datacenters : au cœur de l’infrastructure cloud et de ses métiers (20 juin, 12h15, Founders Area)

Derrière les démonstrations d’IA, les robots humanoïdes et les annonces spectaculaires, VivaTech 2026 semble ainsi raconter une histoire différente. Celle d’une technologie moins tournée vers la séduction et davantage vers la résilience, les infrastructures et la maîtrise des risques. Un changement de cap discret, mais qui pourrait bien marquer l’entrée dans une nouvelle phase de maturité pour la tech européenne.

 

La Fabrique by CA, avec WE DEMAIN